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Jeudi 8 mars 2007

 

Depuis le tirage au sort, fin août, j'avais coché cette date du 6 décembre. Un déplacement à Milan, de surcroît pour y voir jouer le LOSC face au Milan AC, ça ne se loupe pas. Après Manchester United et son "théâtre des rêves" l'an dernier, c'est San Siro qui allait accueillir le peuple lillois. On savait, depuis le départ, qu'on irait là-bas pour un exploit ou pour rien du tout...mais on pensait bien être déjà qualifiés en y débarquant ! C'était sans compter sur la ténacité d'adversaires valeureux comme Anderlecht et l'AEK Athènes. En Coupe d'Europe, rien n'est facile, on le sait, et TOUT peut arriver.

Après notre nul face à Anderlecht, pas mal d'entre nous ont pris conscience qu'on venait peut-être de perdre la chance de notre vie de supporter : enfin passer ce premier tour de C1. Dès lors, le voyage en terre lombarde se dressait devant nous comme un mur presque infranchissable. Le stade lui même est une vraie forteresse, et lorsque les lillois, joueurs, entraineur, président et supporters s'y présenteront, le monument leur rappellera l'ampleur de la tâche qui les attend.

Cette tâche est en réalité synonyme d'exploit, avant la rencontre. Les stats sont là pour nous le rappeler : aucun club français ne s'est jamais imposé sur le terrain de l'AC Milan, ténor européen aux six trophées et aux seize finales européennes (toutes compètes confondues). Une de ces finales a même déjà opposé nos deux clubs. Le 24 juin 1951, dans un San Siro encore petit, le LOSC avait perdu en finale de la Coupe latine, par un score sans appel de 5-0...

Ce LOSC là, pour vous situer, il était vice-champion de France, il vivait ses heures de gloire, rythmées par les buts d'un héros lillois : Jean Baratte. Le plus grand LOSC de l'Histoire ? Probablement, mais on pourra toujours se demander si, finalement, le LOSC de Claude Puel n'est pas en train de lui voler la vedette dans les albums souvenirs de Papa.

Mercredi, le jour des enfants. Un jour de St-Nicolas. Un jour que j'ai toujours attendu avec impatience quand j'étais gosse. J'ai toujours été habitué à recevoir des cadeaux le 6 décembre...

Mais cette fois-ci, j'allais devoir le chercher au pays des champions du monde...dont cinq joueurs figurent parmi les rangs du Milan. Deux seront alignés. Déjà pas mal.

Le match aller avait été époustouflant. Très tendu, avec un choc de tous les instants, un rythme de fou, et une grosse pression du Milan en première période. Notre LOSC avait ensuite repris le dessus et tenu bon : un honorable 0-0 avait accouché de cette partie mémorable. Une autre paire de manches à Milan ? On pouvait se poser la question.

Credi matin, je prends la route. Ciel gris, ça drache, ça vente un peu...mais je ne vois pas les gouttes tomber, je presse le pas, en pensant très fort à notre ami disparu. Je pars avec en tête la conviction que David sera présent avec nous, en me remémorant son sourire. On va la ramener cette qualif', pour lui, j'en suis déjà CERTAIN et j'en frissonne. Je pars de Lyon, via Chambéry. Les autres sont partis en avion ou en bus. L'excitation de se retrouver, et de communier encore autour de notre passion, se fait sentir. Quelques coups de fil, quelques SMS, le choc se rapproche. Espérant être ébloui par les cinq étoiles d'un match décisif sur le rectangle vert, je vois d'abord les étoiles blanches s'évanouir dans le ciel italien. La neige tombe. C'est bon signe. Un vœu ? Allez ! Après tout, on ne risque rien, un ange veille sur nous.

Quelques heures plus tard, après avoir subi la laideur du paysage turinois, ses usines, ses "corons" locaux, Milano Centrale est en vue. Mathieu m'attend sur le quai, il n'a pas ses papiers. Heureusement, le petit Nicolas n'est pas là, c'est sa fête aujourd'hui, il espère des chocolats au conseil des ministres...tant mieux pour nous, on s'engouffre dans les rues milanaises.

 

La via Pisani regorge de sénégalais. Des fans de Tony Sylva ! Ils en ont profité pour essayer de fourguer des bracelets à dix euros, et des parapluies (bien nécessaires, vu le déluge qui s'abat sur la ville depuis une semaine). L'anecdote nous sera contée par bon nombre de dogues voyageurs...

Seize heures, le rendez-vous lancé sur le forum est respecté : la place du Duomo, la cathédrale colossale de Milano, est devenu le point de ralliement de centaines de curieux personnages emmaillotés de rouge et de blanc. Dans la galerie Vittorio Emmanuele, les chants loscistes résonnent : le compte à rebours s'égrène, vite, les photos souvenirs, la bibite pour ne pas s'assoiffer, et hop, le métro (tout pourri, tout orange, tout puant et tout chaud) nous amène non loin du stade.

 

Le soir est tombé, il est approximativement dix-neuf heures lorsque se dessine, au loin, un gros bloc lumineux. Un ovni qui s'élève à 69 mètres de hauteur, et qui dispose de 85.750 places. Des tribunes qu'on devine vertigineuses, soutenues par d'immenses pylônes qui ne sont, en fait, que les escaliers du stade.

Des escaliers qui se font le chemin du désir pour nous, lillois. Nous gravissons le colimaçon, le cœur battant la chamade : l'excitation, plus que l'effort ? Fort possible. Devant nous, Fred, des DVE, presse le pas avec un étendard, il est déjà dans son match. Nous, Dogues du Net, plaisantons, et arrivons enfin au sommet : le terzo annello sera notre emplacement.

Nous pénétrons dans le stade. Nous sommes happés. La vue est imprenable, même si un filet de sécurité est érigé devant nos yeux ébahis. « C'est quoi ce parcage ? J'ai jamais vu ça », lance même Fred, trahi par son émotion sans doute... Déjà plusieurs centaines de compères ont pris place et s'échauffent la voix : Nous sommes les lillois, et nous allons gagner ! C'est ce que l'on souhaite tous très fort, à cet instant, quand on décide de suivre le match au balcon de cet opéra du foot...En fait, la vraie Scala de Milan, c'est son stadio Giuseppe Meazza, et les joueurs du Milan AC n'auront pas l'occasion de jouer les divas ce soir : le dogue lillois a les crocs et compte bien imposer sa griffe sur ce match.

We will rock you. L'espace d'une chanson, Freddie Mercury se fait le porte-parole du bon millier de fans présent, au grand désarroi d'un Tony Vraibrelles médusé, l'oreille collée à son téléphone, à quelques milliers de kilomètres. Il fait défaut ce soir. Comme le reste de la colonie rouge et blanche, restée au pays par contrainte, la gorge serrée, l'estomac noué et le cœur battant, devant leur écran. La petite lucarne va devenir, l'espace d'une soirée historique, une toile de maître animée, un chef d'œuvre signé Claude Puel et ses joueurs. La compo est annoncée, les applaudissements jaillissent. La marseillaise retentit, puis l'hymne de la Ligue des Champions nous hérisse les poils. Sera-ce la dernière fois qu'on entendra ce chant ? Réponse dans quatre-vingt dix minutes et des poussières.

Les joueurs pénètrent sur la pelouse souffreteuse : le jaune comme tenue de soirée, serrage de pogne avec les onze milanais : une fois le protocole respecté, l'arbitre, Monsieur Graham Poll, met le sifflet à la bouche. D'entrée de jeu, le LOSC impose la cadence et met la pression au milieu de terrain, sous la houlette de Jean II Makoun et Yohan Cabaye. Les passes s'enchaînent, rapides et bien dosées, la mécanique est bien huilée. Septième minute : Mathieu Bodmer décoche une flèche des vingt-cinq, Kalac est à la parade, mais Peter Odemwingie, en bon renard qu'il est, reprend du gauche et fusille le portier rossonero ! 1-0 ! Le LOSC mène à San Siro.

Dans les tribunes et devant les télés, c'est l'explosion de joie : l'exploit est possible, à condition de rester concentrés. Au fil des minutes, on sent bien que le LOSC a l'emprise sur le match, mais le Milan n'est pas du genre à faire des cadeaux. Quand bien même Ancelotti n'a pas aligné son équipe type, les italiens se montrent pressants. Inzaghi tente de profiter des espaces et de se mettre en évidence avec son jeu dos au but, mais la défense centrale veille au grain et s'impose à chaque fois. Les seules petites erreurs se font devant les buts milanais : à plusieurs reprises, Odem' et Kader auront l'occasion de tromper Kalac, mais celui-ci aura la chance de retarder l'échéance de quelques minutes...

La première période passe assez rapidement, et même si on ne mène que par un but d'écart, je suis confiant, rien ne peut nous arriver...Au fur et à mesure que le match avança, la rumeur enflait dans le stade : Anderlecht mène ! 1-0 ! 2-0 !  Les SMS de Tony me parviennent : inouï ! Le match reprend, et tout de suite, "Carletto" lance Seedorf dans le chaudron milanais. Aie ! Ca grimace dans les travées, mais les chants se succèdent, sans jamais s'éteindre. Pas même l'entrée de Kakà, la perle rossonera, ne viendra troubler la domination des dogues sur la pelouse. Les corners pleuvent devant les buts de Malicki. Même si la technique centrocampista du Milan reprend des forces, Cabaye et Makoun sont là, Bodmer se charge de Pirlo avec brio, Chalmé et Taff' verrouillent les côtés : la forteresse ce soir, c'est bien Lille !

La citadelle de Puel va même s'offrir un bouclier indestructible. Soixante-septième minute, après une heure de folie pure, un coup de génie de Mathieu Bodmer lui permet d'offrir d'un exter' somptueux une balle en or à Kader Keita. Popito met Jankulovski à la ramasse, et nous fait tous chavirer : 2-0, le Milan AC ne s'en relèvera JAMAIS !

On exulte. Des larmes coulent pour certains, le miracle est en marche, et, avec David au dessus de nous, presque à nos côtés, les mâchoires se desserrent : on va le faire ! Et là, coup de théâtre : on apprend que l'AEK vient d'égaliser ! Mais que font les mauves ? Non...c'est impossible, pas ça... Comme bien souvent, le suspense va donc durer jusqu'au bout, comme en 2001, quand, dans la froideur de Bollaert, on avait attendu au terme d'un Lille-Manchester Utd une qualif' déjà belle pour l'Uefa...Cette fois-ci, c'est du caviar qu'on espère après s'être rongé les ongles. Pendant ce temps, le LOSC continue de nous régaler, et Cabaye envoie même un missile sur la barre à un quart d'heure de la fin !

On ne sera pas plus gourmand, l'antipasti sera suffisant : Anderlecht vient de sceller son résultat nul contre les grecs : c'est la délivrance pour nous, le LOSC jouera, pour la première fois de son histoire, les huitièmes de finale de la Ligue des Champions ! La folie dans les gradins, du bonheur à l'état pur, pour une pure victoire du LOSC, entérinée par les trois coups de sifflet de l'arbitre anglais...C'est fini ! 

Pour la première fois dans l'Histoire de l'humanité, un club francese se paye le Milan AC sur sa pelouse ! Comme le soulignera l'excellent Gégory Schneider dans Libé le lendemain : pas même l'OM de Tapie, ni le PSG de Weah, ni l'OL de Jean-Michel Aulas ne l'a réussi...et c'est pourtant pas faute d'avoir essayé ! Ce qui inscrit notre victoire en lettres d'or dans le grand livre...

Mercredi soir, le LOSC de Puel est sans doute devenu, pour certains d'entre nous, le plus grand LOSC de l'histoire, et ce, sans avoir gagné de trophée...gageons que ce manque sera comblé à la fin de la saison ! L'histoire n'a pas fini de nous sourire, et je pense qu'avec un aussi doux sourire, là-haut, les dieux du football ne pourront plus rien nous refuser désormais.

 

Mercredi soir, on a tutoyé les étoiles...

 Guillaume D.

PS : J'ai écrit cet article le 7 décembre 2006 au lendemain de la qualification historique de mon équipe pour les huitièmes de finale de la Ligue des Champions. Hier soir, le LOSC s'est fait éliminé par Manchester United. Alors plutôt que de pester contre l'arbitrage du match aller, j'ai préféré revenir sur cet épisode heureux. Ca fait trois mois, et tu nous manques toujours autant...

 

 

R.I.P David

 

 

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Vendredi 9 février 2007

 

Three O’Clock ! Le début de la messe vient d’être sifflé. Les fidèles sont au rendez-vous. Tous sont accoudés à de hauts guéridons, une pinte de Guinness à la main, et le sourire aux lèvres. Ils sont venus communier autour de leur passion quasi religieuse :
 
le Celtic Glasgow !
 
Aujourd’hui, leurs  Bhoys se déplacent à St-Mirren. Deux minutes de jeu. Les fans exultent, les yeux rivés sur l’un des deux écrans géants du Pub : but de Gravesen ! Le Celtic ouvre la marque. « What a goal ! » s’époumone Larry, écossais pure souche.
 
Nous sommes au Wallace, Pub scottish du Vieux-Lyon et pourtant, l’espace d’un match de football, le temps semble s’être suspendu aux lèvres de nos joyeux drilles. Aromatisées à l’orge, cela va de soi. On se croirait ailleurs. Une vieille horloge en bois se reflète dans un miroir fixé au plafond, duquel descend un grand lustre un rien clinquant. Des murs noirs, ce même plafond orné de moulures d’un pourpre pompeux. Le décor paraît irréel.
 
Au fil des minutes, la clameur se fait de plus en plus vive dans l’estaminet. Gravesen double la mise. Tandis que les uns se congratulent à nouveau, les autres, supporteurs malchanceux de l’équipe adverse, n’ont plus qu’à se rallumer une cigarette, un brin dépités. Un luxe pour ces britanniques malgré tout heureux de se retrouver dans cette atmosphère enfumée. Mille senteurs viennent vous chatouiller les narines : tabac, bière, baked beans, fish n’chips…le quatuor dominical en somme !
 
Tandis que la pénombre enveloppe la Ville des Lumières, les lampadaires du bar diffusent un éclat feutré, renvoyé subtilement par les rangées de bouteilles de Whisky pur malt.
John, accompagné de sa petite amie, trahi par un accent nasillard anglais, commande un douze ans d’âge. Supporte t-il une des deux équipes ? Ou bien attend-il le fameux Arsenal-Liverpool de 17h00 ? That is the question…
 
Le va-et-vient est incessant. Alors que le tumulte se veut de plus en plus insistant, les portes aux allures de saloon s’entrebâillent. Un couple de néo-zélandais tente, le pas hésitant, de se faire une place dans ce Babel étourdissant. Ici, l’anglais se décline à tous les accents. La mine réjouie par le match parfait des All Blacks la veille à Gerland, ces kiwis ont les bras chargés de victuailles empaquetées. Du bon vin sans doute.
 
La partie touche bientôt à sa fin. Gravesen en inscrit un troisième. Larry enfonce le clou :  
 

C’mon the Hoops !!!

Des applaudissements jaillissent. C’est terminé. Trois buts à un. La tournée pour les vaincus. Let’s have another drink, now !

(c) Guillaume D.

Just like Heaven...

http://www.youtube.com/watch?v=Xfgqi-UahE8

You'll never walk alone...

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Samedi 27 janvier 2007

 La victoire, souvenir par essence

Même les plus belles victoires sont autant de défaites face au temps, et constituent l'essence même du perpétuel recommencement de la vie, dont le football est la métaphore la plus enjouée, passionnante, et exacerbée. Tout y est exagéré. Le foot comme un enjeu majeur, le triomphe. La victoire, oui, mais la victoire sur l'autre. La domination va puiser son existence dans l'effort et l'exaltation de valeurs éphémères. La victoire est déjà un souvenir. Chaque seconde qui s'écoule est une victoire du temps sur l'Homme, en réalité. Une défaite de l'Homme sur lui-même, masquée inconsciemment par la joie  ou l'illusion d'avoir vaincu. A peine la partie gagnée, pas le temps de savourer qu'il faut déjà se projeter, remettre les compteurs à zéro comme autant de pendules à l'heure, dont le destin est l'horloger...et recommencer...

G.D.

 

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