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Dimanche 27 janvier 2008
SydMatters_EverythingElse-1.jpg
Ghost Days

Cet article est un quasi article fantôme. Mort avant d'avoir eu le temps de voir la lumière. Etouffé, injustement oublié.
Alors pour mieux se venger, il est revenu. Rescucité, réincarné même. Mais heureusement pour moi, modeste porte-plume aux heures où l'on ne peut que contempler rêveur cette pleine Lune pleine de mystère, cet article n'est nourri d'aucun désir de tuer.

En réalité, cet article n'est pas mort. Il a juste attendu le bon moment pour naître. J'aurais dû. Pardon. J'aurais pu l'écrire bien avant. Il y a trois ans, lorsque j'ai découvert Syd Matters par une belle journée d'avril. Un mois avant le bonheur du mois de mai. Mon mois à moi.

Syd Matters, curieux pseudonyme qui évoque vaguement un autre Syd, complètement barré, Syd Barrett, bourré d'amphètes, celui des Pink Floyd. Mais derrière ce nom d'emprunt anglicisé se cache en fait un jeune homme bien français, Jonathan Morali, parisien d'origine et vingt-sept années au compteur, accompagné de quelques musiciens à l'image du guitariste Olivier Marguerit.

Les premiers sons de la bande à Morali vinrent chatouiller mes cages à miel avec Someday we will foresee obstacles il y a trois ans donc, un peu comme la plupart de ceux qui écoutent le groupe encore aujourd'hui, hormis peut-être ceux qui ont eu la chance de cotoyer Jonathan dans les bars, à l'époque où, seul avec sa guitare folk, il voguait solitaire mais déjà rêveur.

Cet album fut salué de fort belle manière, encouragé par la critique et suscita un bel engouement parmi le public. Mais, personnellement, j'attendais encore quelque chose. Ayant apprécié le potentiel, les sonorités, l'univers de ce bonhomme à la barbe fleurie, j'espérais persuadé, que la suite de l'histoire serait forcément plus belle. Et aujourd'hui, après une bonne vingtaine d'écoutes de Ghost Days, leur nouvel album sorti il y a deux semaines, j'ai comme l'agréable sensation d'avoir eu raison. Bon, dans le même temps, ça m'ennuie d'avoir à encore faire l'éloge d'un groupe que j'aimais déjà d'avance.

Avec ce retour attendu, les membres de Syd Matters attestent, si certains en doutaient encore, savoir manier l'ironie aussi bien qu'une guitare sèche puisque même s'il est affublé d'un tel titre, le nouvel opus du groupe est tout sauf fantômatique.

A vrai dire, Ghost Days est un peu la belle surprise de ce début d'année en matière de rock indé français anglophone (en vogue mais pas toujours reconnu à sa juste valeur... Nicolas Leroux, d'Overhead si tu nous lis, on t'aime).

A son écoute s''offrent à l'oreille treizes plages aériennes, épurées à l'extrême, enveloppant des mélodies folk tantôt enfantines tantôt mélancoliques, vaporeuses et planantes entre cordes sèches, piano et Ondes Martenot. Un album d'une simplicité touchante, un album idéal en fait, qui se parcourt le temps d'une nuit ou d'un réveil et laisse s'échapper des fantômes tels que Nick Drake (Big Moon, Louise), Pink Floyd (I'll Jackson), Elliott Smith (I was asleep ou encore l'enfantin Cloudflakes, que n'aurait pas renié Satie), Leonard Cohen ou même...Syd lui même !

Je songe au titre "phare" du disque, à savoir "Everything Else". Du pur Morali, qui aurait pu figurer sur l'album précédent sans provoquer aucun anachronisme. Le songwriter y dépeint son quotidien lorsque, seul dans sa chambre, coupé du monde, il écrivait au bord du gouffre de la feuille blanche, les chansons qui allaient venir caresser les pistes du nouvel opus.

Rares sont les albums dont le contenu est cohérent de la première à la dernière piste. Rares sont les albums qui s'érigent avec une telle sincérité en portes ouvertes sur leur créateur. Avec Ghost Days, Syd Matters/Jonathan Morali laisse passer sa lumière intérieure, son univers et quelques rêves hantés de son enfance.
Une petite lampe de chevet, une veilleuse, une mélodie agréable, un conte pas lu en entier mais qui continue de se laisser savourer, inconsciemment, doucement...chut...éteinds la lumière.

Guillaume D.

SydBooklet06.jpg
Le myspace de Syd Matters avec clip, chansons et dates de concerts (c'est Noel) :
http://www.myspace.com/sydmatters

Une interview très touchante de Jonathan :
http://fr.youtube.com/watch?v=VW0JTvfc4qw

Je me permets de rappeler que même si l'album est en écoute sur deezer, en faire l'acquisition serait une belle idée. Je vous le conseille vraiment, il est...vraiment...très agréable. Bonne écoute, bon syd !
 
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Dimanche 14 octobre 2007
Un arc-en-ciel bien nommé

Pour ce premier article, j'avais envie de noircir le cadre avec des couleurs. Paradoxal me direz-vous. Mais vous allez comprendre. Enfin... normalement.

In Rainbows. Si ces deux mots accolés ne provoquent pas en vous une étincelle spirituelle, c'est que, soit 1) vous êtes un extraterrestre ou/et 2) vous êtes parti, pour le compte de la NASA, en reconnaissance sur la Lune la semaine écoulée. Dans tous les cas, cela veut dire que 1) vous avez raté quelque chose de phénoménal et que 2) vous ne pouvez absolument pas être un extraterrestre. Impossible, sinon, on vous aurait mis au courant.

Piqûre de rappel. Il y a une semaine et des poussières, un extraterrestre - un vrai - lançait un message dans ce que l'on appelle le "dead air space". Un ailleurs, un entre-deux, où il se passe des choses hors du commun. Des trucs d'extraterrestres, et des messages, donc, lachés dans l'unique dessaim de provoquer une onde de choc parmi les terriens.

Le message, le voilà :

Hello everyone.
Well, the new album is finished, and it’s coming out in 10 days ;
We’ve called it In Rainbows.
Love from us all.
Jonny.

Cet extraterrestre, c'est Jonny Greenwood. Guitariste à ses heures perdues, il joue dans un groupe qu'on appelle Radiohead.

Bon, on va pas se raconter des conneries, Radiohead n'est pas un groupe, c'est plus que ça.

Il y a une semaine donc, des millions de terriens apprenaient, stupéfaits, que Radiohead se préparait à briser un silence de quatre ans à grands coups de riffs et d'Ondes Martenot. Les retrouvailles avec LE groupe du troisième type ont eu lieu mercredi, aux alentours de huit heures du matin, pour les plus chanceux.

Aux traditionnelles ruées dans les rayons de disques, les membres de Radiohead ont préféré laisser place aux clicks de souris et au téléchargement. Uniquement (Pour l'instant). L'idée : quitte à créer une onde de choc, autant qu'elle prenne des allures de révolution. Le chemin était tracé.

A l'heure où la démocratie, sous toutes les latitudes, se retrouve bafouée, le terrien radioheadien, lui, est invité à choisir le prix qu'il veut payer pour goûter à un son venu d'ailleurs. Et en grand gourmet, impossible d'y résister.

Au même instant qu'un bon million de semblables, j'ai donc découvert In Rainbows, le septième album de Radiohead. Que dire de cet opus qui n'ait pas déjà été dit ? Qu'il offre, une fois n'est pas coutume, une palette d'émotions, de sons et de terrains vierges d'exploration, prompts à éclabousser les décors blancs cassés de nos vies ? Qu'à son écoute, il suspend son auditeur hors du temps ? Qu'il est le rival direct d'OK Computer ?

La dernière interrogation mérite d'être posée, soyons clairs. Si les deux albums sont incomparables, séparés par dix années et une maturité sans cesse renouvelée, bousculée et réinventée, force est de constater qu'ils ont des atomes crochus.

La cohérence est présente, l'ambiance apaisée - mais pas les paroles, toujours aussi apocalyptiques - , moins déprimante, ce que les non-initiés avaient tendance à reprocher aux trois derniers albums. Le nouveau Radiohead en forme d'arc-en-ciel redonne des couleurs, et le sourire.

Après une soixantaine d'écoutes (en moins d'une semaine), In Rainbows reste en bouche et continue de diffuser l'ivresse des profondeurs. Celles que seul Thom Yorke parvient à dépoussiérer de sa voix transcendante. Plus planante que jamais, embrumée de sonorités épurées mais puissantes, elle se diffuse ici bas et donne corps à cet album de fort belle manière.

Les premières notes annoncent la couleur. 15 step, au rythme obsédant, arrosé d'un background albarnien, enchaine sur Bodysnatchers, à peine plus reposant, qui marque le retour des guitares dans un fracas dévastateur et fait penser à un 2+2+5 très oriental. Ca décoiffe. Puis Nude balaie les certitudes. Don't get any big ideas, they're not gonna happen. On est prévenu, mais on ne peut s'empêcher de lever les bras au ciel, pour tenter de décrocher les étoiles. Trop difficile ? Pas de panique. Thom Yorke est là pour en faire tomber une pluie. Sa voix semble d'avoir jamais été aussi magique que sur ce titre. Arrive la quatrième piste, Weird Fishes, plus connu sous le nom d'Arpeggi, souvent joué en live ces dernières années, qui reprend l'oreille par surprise. Juste quelques accords, les Ondes Martenot chères à Greenwood, et des lyrics, une fois encore, transcendantes, avec pour ultime but : s'échapper. La chute finale est brutale, mais intense. All I Need, dans la même veine, prolonge l'odyssée caverneuse vers un Faust Arp très accoustique, quasi-oriental là encore, et bercé de violons. Définitivement trop court. Juste assez spacieux pour laisser s'emboîter, raisonner en échos des mots répétés voire calqués sur le rythme sec des guitares folk. Le très jazzy et énigmatique Reckoner suivi de l'étheré House of Cards tracent le chemin vers l'une des perles de l'album : Jigsaw falling into Place. Un titre très radioheadien, qui monte crescendo, servi par un rythme frénétique, vers des altitudes lyriques obsédantes, frissonnantes. Le plongeon dans le vide est aussi surprenant que pour Arpeggi, mais cette fois, il s'agit de sauter dans la nacelle de Videotape, pour mieux s'envoler au son du piano, et du chanteur, qui s'offre là un moment d'éternité de toute beauté. No matter what happens now. You shouldn't be afraid. Because I know today has been the most perfect day I've ever seen. Du grand Thom, du grand Radiohead. Comme toujours, le spectre des chansons se superpose magnifiquement avec notre petit film à nous. Vous savez, celui qu'on a tous à l'intérieur, et où se succèdent les souvenirs, les rêves, les angoisses, les questions en suspens et les joies. Un film intense dont In Rainbows peut se vanter d'en esquisser la bande originale. Et ce qui est magique, c'est que ça marche à tous les coups.

A noter que ce retour fracassant est sans doute à mettre au crédit, pour une bonne partie, au sixième membre du groupe, le jeune producteur Nigel Godrich, dont la magie et l'intuition ont su se marier une fois encore à la perfection avec le groupe d'Oxford, après avoir fait le bonheur de Beck ou encore Air. Les influences sont évidentes.

Pour résumer, je dirais que l'ensemble offre un condensé de ce que Radiohead fait de mieux. On retrouve les frissons, cette atmosphère planante, orgasmique, les claviers, les Ondes Martenot - qui donnent ce son si particulier, étranger -, les guitares saturées, les mélodies, le rythme et surtout : la cohérence de l'oeuvre. Comme chaque album du groupe, In Rainbows est différent des autres, mais fait passer l'essentiel : un morceau d'ailleurs.

Guillaume


La tracklist :

15 STEP
BODYSNATCHERS
NUDE
WEIRD FISHES/ARPEGGI
ALL I NEED
FAUST ARP
RECKONER
HOUSE OF CARDS
JIGSAW FALLING INTO PLACE
VIDEOTAPE


Dix chansons intenses, dixclaques à savourer sans modération ! J'ai un gros faible pour Arpeggi, Nude, Jigsaw et Videotape...mais impossible pour moi de choisir. Et vous ?

Weird Fishes/Arpeggi
http://fr.youtube.com/watch?v=NKwhwgUglXg

Nude
http://fr.youtube.com/watch?v=gbXrdOwDlGc
Difficile de ne pas planer après ça... =)

Jigsaw Falling into Place
 


Ultime lien :
http://www.inrainbows.com/Store/index2.htm

Enjoy !

PS : Comme me l'a souligné Ruddy, qui ne laisse rien au hasard, un album CD avec bonus (même si ce sont de vraies chansons, pas simplement des bonus) sortira en décembre. Pour les concerts, effectivement, tout laisse à croire qu'ils feront au moins une date en France cet été. Ca va batailler ferme.
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Mercredi 13 juin 2007

UNKLE, toujours un succès...

Ce n'est plus un secret, tous les aficionados du genre l'attendent depuis déjà un bon moment : le nouvel album d'UNKLE arrive. Et il va faire mal !

UNKLE, c'est un peu LA référence en matière d'abstract hip-hop, ce courant dont il est l'un des précurseurs et des plus célèbres agitateurs depuis la fin du siècle dernier. Waouh, tout de suite, ça en jette...mais croyez-moi, plus classieux...y'a pas !

L'abstract, c'est une sorte de mélange entre electro, trip-hop, rock et hip-hop, mais plutôt sans message ni revendication. L'idée, c'est le son, c'est de mêler différentes influences et artistes, et d'en sortir des mix aventureux.

Et dans ce domaine, UNKLE a sû s'imposer aux côtés d'autres collectifs et artistes comme DJ Shadow, le russe DJ Vadim, ou encore l'excelleeeent Wax Tailor, le prince de l'abstract made in France, reconnu avec Tales of the Forgotten Melodies, et qui vient par ailleurs de sortir un nouvel opus...

Le premier album d'UNKLE, intitulé Psyence Fiction, avait créé un séisme sonore en 1998, l'onde de choc emportant sur son passage l'enthousiasme de la critique et l'adhésion de nombreux DJ's qui s'empressèrent d'en bourrer leurs playlists.

Il faut dire que pour un coup d'essai, James Lavelle, le boss du label Mo'Wax, avait réussi un véritable coup de maitre en réunissant sur une seule galette : Thom Yorke (Radiohead), DJ Shadow, et Richard Ashcroft (ex-The Verve)...excusez du peu... Tout ceci pour des morceaux planants, voire bouleversants, nous faisant glisser sur de longues plages aériennes et des rythmes entêtants à souhait.

Presque dix ans après, et deux autres sets bien balancés, UNKLE nous revient avec War Stories. Un titre qui porte bien son nom, puisque l'album se présente comme une véritable arme de destruction massive ! Rien que ça...

Au programme, des guests de renom comme 3D, de Massive Attack, Josh Homme, de Queens of the Stone Age, Ian Astbury, ou encore Gavin Clark, pour un résultat qui résonne comme une claque dont il sera difficile de s'en remettre...

J'ai eu la chance d'en découvrir le contenu, et je suis tombé de ma chaise !

Ca commence calmement, avec les habituelles intro au piano, puis ça vous lâche des riffs de malades (bon, ok j'exagère un peu), et un rythme d'enfer (là c'est vrai), berçés par des voix obsédantes et bien aériennes, comme il faut.

Non, vraiment, cet album est une tuerie, et risque fort de faire parler de lui. En bien. En très bien, même.

J'ose même pas imaginer les sets live qui vont suivre pendant l'été...brrr...j'en ai des frissons à l'avance.

Bon, il va falloir patienter un 'tit peu, mais si le suspense est trop écrasant, faites-moi signe ;-)

Sinon, n'hésitez pas à écouter Pop Rock Station sur RTL2, le soir, entre 21h et minuit, y'a mon tonton Z qui passe de temps en temps le premier single (explosif) Burn my shadow, en avant-première. Hummm...sympa, non ?

(c) Guillaume D.

Allez, cadeau : le clip du premier single : http://www.youtube.com/watch?v=BSsMGNwYDdg

Rabbit in your headlights (avec Thom Yorke) : http://www.youtube.com/watch?v=5Q3uSnFXI2A

Lonely Soul, avec Richard Ashcroft :

http://www.youtube.com/watch?v=__r0gwxzeVE

War Stories sort en Juillet.

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Mardi 5 juin 2007

D'un Hallelujah à l'autre...

Il est trois heures du matin. L'orage gronde. La foudre vient de s'abattre, toute proche, dans un vacarme étourdissant, et je suis là, assis devant cet ordinateur, pendant que Nina Simone sautille sur les touches blanches et noires d'un piano désaccordé. My baby just cares for me. Contraste magnifique d'une mélodie mythique et d'un tonnerre mirifique.

Me revoilà donc devant cette page blanche virtuelle. Je ne pianote pas beaucoup ces temps-ci. En manque de rythme ? Assez, oui, mais plutôt une grosse flemme, on va dire. Vous ne m'en voudrez pas, je le sais, et j'accepte votre pardon, chers fidèles lecteurs de ce blog un peu curieux. Si si, il y en a. Pas beaucoup. Mais il y en a.

Si je n'écris pas tous les jours, c'est que rêver, ça prend du temps. Mais récemment, au cours de mes pérégrinations, j'ai rencontré quelque beauté dont il me faut vous parler absolument. La première, c'est un Hallelujah bis.

Après Jeff Buckley, voici Nick Cave, australien, et bien vivant, lui. Une sorte de poète inclassable et incassable. Question d'ailes, là encore.

Nick Cave, c'est d'abord une tronche, une sorte de personnage inquiétant qu'on croirait sorti tout droit d'un film de Tim Burton ou d'un roman d'Edgar Allan Poe. Mais le fantastique, c'est pas son truc.

Pourtant, on l'a déjà connu acteur, dans des films signés Wim Wenders, dont l'angélique pellicule des Ailes du Désir, où il campe son propre rôle dans son Berlin emmuré, torturé, théâtre de son premier roman, "Et l'âne vit l'ange". Et puis d'autres encore...qui correspondent tellement à son personnage naturel, essentiel.

L'essence, brute, d'un artiste multi-facettes qui va là où on ne l'attend plus. Road Trip. Il en a vu du pays. Australie, Etats-Unis, Berlin. A l'Ouest, évidemment. Comme tous les génies. Et aujourd'hui, le Royaume-Uni.

L'oeuvre de Nick Cave est vaste. Elle s'étend sur plusieurs arts, des hectares d'Outback australien, et plusieurs décennies de poésie, de magie. Mais je voulais mettre en lumière un album sorti en 2001, avant le grand effondrement, avant que la poussière ne se répande comme un fléau entre deux eaux, deux mondes.

No more shall we part, c'est son titre.

A peine le disque posé avec délicatesse sur la platine que l'univers du chanteur s'évapore avec volupté. C'est, en quelque sorte, comme si l'on avait voulu capturer dans un bocal quelques boufées d'oxygène de ses différents voyages, et que l'on relâchait celles-ci subitement. On se laisse emporter, tout doucement. Tout simplement.

Puis Nick nous prend par la main et nous emmène, pour une douzaine de longues balades à la Léonard Cohen. Il nous raconte la foi, l'amour, et nous conte le désir, le regard.

Soyeux et raffiné; à bien y réfléchir, je pense que le meilleur adjectif pour le définir, c'est "beau".

Cet album est beau.

La voix taillée dans le malt, rocailleuse comme un désert rempli de mystères, Nick Cave erre, tel un prêcheur inspiré, entre un Lou Reed berlinois et un Springsteen apaisé.

Des histoires touchantes se succèdent à tours de pistes soignées, comme le mélancolique et passionné "Sorrowful Wife", parfum de rupture qui résonne comme une montagne russe d'émotions forgées par la vie.

Le piano, omniprésent, le violon, astucieusement, et les guitares, fabuleusement, viennent diffuser une ambiance des plus oniriques, et envelopper dans un drap satiné tout le pouvoir lyrique du poète australien.

Son Hallelujah n'est pas celui de Buckley, mais il a le mérite de nous emporter sur les sommets de la beauté. On a même la chance de s'y promener dans quinze pieds d'une neige à la pureté aussi évidente et éclatante que ce Fifteen Feet of Pure White Snow désespéré. Dans le bon sens du terme. Dans le sens poétique du terme :

Raise your hands up to the sky
Raise your hands up to the sky
Raise your hands up to the sky
Is it any wonder?
Oh my Lord Oh my Lord
Oh my Lord Oh my Lord

Doctor, Doctor
I'm going mad
This is the worst day
I've ever had
I can't remember
Ever feeling this bad
Under fifteen feet of pure white snow
Where's my nurse
I need some healing
I've been paralysed
By a lack of feeling
I can't even find
Anything worth stealing
Under fifteen feet of pure white snow

Je terminerai ce billet par les quelques fragments de Love Letter qui sonnera aux oreilles de tout amoureux à la plume chargée d'encre et d'angoisse, comme la parfaite illustration d'un sentiment issu d'une trinité : Beauté, Pureté, et Volupté.

Hallelujah ! Nick Cave déploie ses ailes...

I hold this letter in my hand
A plea, a petition, a kind of prayer
I hope it does as I have planned
Losing her again is more than I can bear
I kiss the cold, white envelope
I press my lips against her name
Two hundred words. We live in hope
The sky hangs heavy with rain

Love Letter Love Letter
Go get her Go get her
Love Letter Love Letter
Go tell her Go tell her

A wicked wind whips up the hill
A handful of hopeful words
I love her and I always will
The sky is ready to burst
Said something I did not mean to say
Said something I did not mean to say
Said something I did not mean to say
It all came out the wrong way

Love Letter Love letter
Go get her Go get her
Love Letter Love letter
Go tell her Go tell her

Rain your kisses down upon me
Rain your kisses down in storms
And for all who'll come before me
In your slowly fading forms
I'm going out of my mind
Will leave me standing in
The rain with a letter and a prayer
Whispered on the wind

Come back to me
Come back to me
O baby please come back to me...

(c) Guillaume D.

PS : l'album est en écoute sur radioblog, alors foncez !

En attendant :

Un duo avec PJ Harvey : http://www.youtube.com/watch?v=uHdNCHomHlU

God is in the house : http://www.youtube.com/watch?v=V5EdK1Hh7ZI

Love Letter : http://www.youtube.com/watch?v=6KZqfN9eh8w

Fifteen Feet... http://www.youtube.com/watch?v=XQVfOJMCECg

Et n'hésitez pas à donner vos commentaires... =)

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Lundi 21 mai 2007

Jeff Buckley

1966-1997

Le temps file à grande vitesse. A peine commence t-on  à apprécier quelqu'un qu'il disparaît. Heureusement, l'âme ne s'efface pas, elle continue de briller, et d'inspirer...

Parfois, à trop briller, les étoiles filent, comme ce temps, bouffeur de talent, comme jaloux de ne pouvoir attraper les anges dans son filet. Le temps passe, les artistes restent.

Depuis que j'ai commencé à griffonner sur cette page blanche virtuelle, je n'ai pas encore parlé de Jeff. J'attendais le moment opportun, et puis si j'avais tout dévoilé d'un coup, j'aurais eu quoi à raconter, moi, en ce 21 mai ? Je vous le demande...

Dans une semaine, cela fera dix ans que Jeff Buckley a quitté l'enveloppe terrestre. Dix ans que son corps a été emporté par les eaux de la Wolf River, un affluent du Mississippi, à Memphis, aux Etats-Unis. Le destin est parfois curieux. Comment cet ange-là a t-il pû s'envoler sur les terres où le rock est né ?

Fauché bêtement en pleine gloire, Jeff Buckley subit donc la même trajectoire tragique que son père, Tim, mort à vingt-huit piges. Même destin, pour un même visage, et deux voix intimement liées, contrairement à ces deux bonhommes qui ne se sont quasiment pas connus.

Peut-être que les grands artistes doivent passer par là ? Peut-être est-ce la marque des grands, de partir au moment où l'amour qu'on leur porte devient trop important ? L'histoire de Buckley est fascinante.

Je l'ai découvert assez tardivement, au détour d'une histoire d'amour, avec sa reprise magnifique, hors du temps, d'Hallelujah, de Leonard Cohen. Trop tard pour avoir eu le privilège de le voir en concert ou le rencontrer. Un ami à moi a eu cette chance. Il en fut retourné.

Car jamais un artiste ne se sera aussi bien approprié le titre d'un de ses albums... La "grâce", oui, avec lui, il en était question. Aujourd'hui encore. A l'occasion du dixième anniversaire de sa mort, un nouvel album, doté de versions inédites, va être mis dans les bacs, demain, 22 mai. Une aubaine sur laquelle ceux qui n'ont pas encore entendu Jeff doivent absolument se jetter...

Un génie, rien que ça. A tel point que des dizaines d'artistes avouent le compter parmi leurs plus grandes infuences musicales. C'est même évident à l'oreille... Prenez Radiohead, Rufus Wainwright, Tom McRae, Damien Rice et j'en passe, vous retrouverez du Buckley là-dedans...

Lui même s'était nourri de tellement d'influences...de Piaf à Billie Holiday, en passant par Bob Dylan ou Nusrat Fateh Ali Khan, Jeffrey avait su se créer un univers à lui, autour d'une voix couvrant cinq octaves (excusez du peu) et qui n'aurait pas dépeint dans un opéra.

Une voix d'ange, tout simplement. A (re)découvrir d'urgence.

Un petit moment hors du temps, ça vous dit ?

http://www.youtube.com/watch?v=zLQUdHMFpBQ

 

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