Quinze jours qu’il est là, sous une tente, avec son épouse qui attend un enfant. Comme beaucoup de ses compagnons d’infortune, Hervé, 42 ans, a élu domicile durant quelques jours place Bellecour, à Lyon. Il accepte de se confier, tandis que sa compagne finit sa nuit. Légèrement dégarni, les tempes grisonnantes, cet ancien pompier s’est retrouvé à la rue il y a six mois avec son épouse, à la suite d’un accident de travail. " J’ai travaillé quinze ans pour ma patrie. Quand je vois la situation, ça me révolte !".
"En à peine quinze jours, j’ai trouvé un appart’!"
Le regard fuyant, Hervé ne cache pas son amertume. Les yeux bleus, un peu humides, il raconte sa vie tout en se roulant une cigarette. "J’avais une situation, et ma femme un BAC comptabilité et une maîtrise de droit ! Et on est dans la rue. Le plus incroyable, c’est que ça peut arriver à n’importe qui !". Pourtant, Hervé pourrait se réjouir. Cet après-midi, il va quitter le campement. Grâce à l’association Les Enfants de Don Quichotte, il s’est vu proposé un logement en centre d’hébergement et de réinsertion sociale pour une durée de six mois. "En à peine quinze jours, j’ai trouvé un appart’, on s’est vraiment senti considérés. Pas comme au relais SOS". Hervé s’emporte. "Le 115, les relais, ils nous prennent pour des cons. Ils sont censés nous donner un logement et à manger deux fois par jour…mais c’est des promesses ! Ce qu’ils font, c’est de la non-assistance à personne en danger !".
Remonté, les joues rosées et une barbe de trois jours, Hervé avoue volontiers être "une grande gueule". Alors quand TF1 l’a interrogé l’autre jour, il en a profité pour "remercier Monsieur le Premier Ministre" avec une pointe d’ironie. Son franc parler et ses critiques se sont retournés contre lui. "Au relais SOS, ils m’ont vu à la télé, et du coup, quand j’y suis retourné, je me suis fait remonté les bretelles. Mais eux, ils hébergent vraiment à la tête du client". En six mois, l’ex-soldat du feu et son épouse ont tout connu. Des squats aux caravanes de forains bienveillants, en passant par les centres d’hébergement d’urgence. "C’est inhumain dans les centres ! Les carreaux des douches sont couleur rouille. J’y laverais même pas mon chien ! Il n’y a aucune hygiène. Les gens se pissent et se chient dessus, et les couvertures ne sont même pas changées. On est vraiment considérés comme de la merde. Excusez-moi, mais nous on veut rester propres !" explique Hervé, sans fioritures. L’homme veut s’en sortir, ce qui, de son aveu, n’est pas le cas de tous.
"La rue, je l’ai vécue une fois, je n’y retournerai plus. Je préfèrerais me flinguer".
Au milieu des tentes multicolores, la bonne ambiance tranche avec le ras-le-bol général des SDF. "On va tous être relogés, mais pour y voir, faut y croire ! Si le gouvernement ne tient pas ses promesses, et si les mesures ne sont pas appliquées, cela va mal se finir" prévient-il. Pour Hervé et ses copains, "les politiques sont des gros bonnets contrôlés par la mafia. Ce sont des piranhas". Désabusé, il met en garde : "Un jour, les SDF en auront marre, et les pavés voleront dans les vitrines, c’est moi qui vous le dit ! Et l’année prochaine, même si j’ai un logement, je reviendrai militer s’il le faut". Et d’ajouter ensuite : "La rue, je l’ai vécue une fois, je n’y retournerai plus. Je préfèrerais me flinguer".
Malgré tout, aujourd’hui, l’espoir renaît. "Ma femme et moi avons une pension, c’est un peu juste, mais on veut vraiment s’en sortir". Un rêve qui peut paraître simple pour ceux qui ont un toit au dessus de leur tête. Hervé a même eu une proposition de travail dans la sécurité civile. Petit à petit, son ciel se dégage. "Sans Marine (Fourier), on aurait rien eu" affirme t-il, avant d’aller saluer la jeune porte-parole de l’association, et lui glisser quelques mots gentils. "Vous savez, on est une grand famille" conclue Hervé. Son épouse se réveille. Pour eux, la journée s’annonce réconfortante. "Pour le bébé, on ne sait pas encore si c’est une fille ou un garçon" tient-il à préciser. Qu’importe. Hervé a retrouvé son honneur, il a offert un toit à sa famille.
Guillaume D.
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