Tombé du ciel...
Vous n'avez jamais remarqué ? Il arrive parfois après vous être installé dans votre banquette, dans un cinéma de quartier, et après avoir incliné la tête, que vous vous mettiez à rêver.
Le grand écran noir prend alors des allures de ciel et, avec un peu de chance, des anges y apparaissent et se mettent à jouer.
Le cinéma, c'est cette toile constellée d'étoiles, certaines y brillant plus que d'autres. Il arrive même que certaines de ces fabuleuses nébuleuses se fassent filantes, au détour d'une scène, alors que l'on s'y attend le moins. Comme pour nous surprendre. On aimerait alors les suivre des yeux, pour toujours, et les contempler à nouveau, avec toujours le même plaisir.
Ce plaisir, je l'ai éprouvé en m'émerveillant devant :
"Les Ailes du Désir", de Wim Wenders.
Cette pellicule n'est pas un film. C'est un rêve.
J'ai déjà ressenti du bonheur en me faisant une toile, mais là...c'est autre chose. Inexplicable. Bouleversant.
Pour la première fois, le générique de fin défilant sous mes pupilles encore humides, une pensée terrible s'est mise à scintiller dans mon esprit. J'étais triste. Triste à l'idée qu'un jour, mes yeux ne puissent plus se délecter d'un tel rêve.
C'est un sentiment puissant, qui vous envahit, vous serrant la gorge, pour finalement vous laisser sourire d'être encore là.
Il me faut donc vous parler des Ailes du Désir. Il est difficile de retranscrire des émotions avec des mots, pour ne pas dire impossible, mais on peut s'amuser à essayer, non ?
Alors, allez-y, embarquez sur le radeau, et laissez-vous bercer par le clapotement du flot de sentiments qu'a éveillé en moi ce film. Ou plutôt ce rêve...
Fermez les yeux. Imaginez deux anges, Damiel et Cassiel, déambulant dans un autre monde, si loin, si proche du nôtre. Un monde en noir et blanc, hanté par nos pensées et nos murmures. Un monde à part sans saveur ni odeur, mais où l'esprit résonne et où les ailes tentent de guérir nos malheurs ancrés dans un monde, lui, bien en couleurs.
Quand l'idée lui a prit de tourner ce long-métrage, Wim Wenders, le réalisateur allemand, se demandait comment les montrer, ces anges invisibles à nos yeux, mais pourtant bien là, à nos côtés... Et puis, il s'est aperçu qu'en réalité, le vrai problème, c'était plutôt comment eux nous voyaient :
"Le point de vue du film était celui des anges. Quel serait le regard d'un ange ? Impossible de l'imaginer. Alors comment traduire ce dilemme avec la caméra ?"
Jean Cocteau disait : "Le cinéma, c'est de l'écriture moderne dont l'encre est la lumière". Et de lumière, il en est formidablement question à chaque instant du film, à chaque séquence, à chaque plan.
Sorti en 1987, Der Himmel Übber Berlin, le titre original, n'aurait sans doute pas été rendu aussi onirique et poétique sans la grâce d'Henri Alekan, le directeur de la photographie. Il a su insuffler aux idées de Wenders, et de Peter Handke, l'autre scénariste, cette magie que seule la lumière et les images peuvent exprimer.
Des images alternant couleurs et noir-et-blanc, dépeignant un Berlin encore humilié par son Mur, et plongeant l'esprit en contre-plongée dans deux univers différents, bercés de sonorités nuancées.
Damiel, joué remarquablement par Bruno Ganz - tentez de jouer le rôle d'un ange ! -, également acteur principal du plus controversé "La Chute" (Der Untergang), sorti en 2005, fait part à son alter-ego-ami Cassiel de son désir d'éprouver lui aussi, un jour, des sentiments humains. Et de troquer ses ailes contre une vie en couleurs, et un regard sonnant en écho de la belle Marion, trapéziste ailée jouée par la regrettée Solveig Dommartin.
Quelle sera alors sa surprise lorsqu'une rencontre des plus étonnantes viendra bouleverser son existence !
Servi par une distribution idéale, le rêve n'en sera que plus beau.
I can't see you...but I know you're here...
Outre des plans délicieux, mis en lumière avec la grâce et le talent d'Alekan, Les Ailes du Désir est aussi une oeuvre poétique touchante qui ne peut que vous toucher au coeur. Mes mots ne peuvent vous le décrire assez bien, je vous conseille donc...non, je vous demande... de voir ce film. Vous ne serez vraiment pas déçus, je vous le promets.
Der Himmel Übber Berlin est le plus beau film que j'ai jamais eu la chance de voir.
J'applaudis même avec les pieds !
A défaut d'avoir des ailes...
Cet article est dédié à un ange, bien réel...
(c) Guillaume D.
"Lorsque l'enfant était enfant, il marchait les bras ballants, voulait que le ruisseau soit rivière et la rivière fleuve, que cette flaque soit la mer... Lorsque l'enfant était enfant, il ne savait aps qu'i létait enfant, tout pour lui avait une âme et toutes les âmes étaient une... Lorsque l'enfant était enfant, il n'avait d'opinion sur rien, il n'avait pas d'habitudes, il s'asseyait en tailleur, démarrait en courant, avait une mèche rebelle et ne faisait pas de mines quand on le photographiait..."
"Lorsque l'enfant était enfant, ce fut le temps des questions suivantes: pourquoi suis-je moi, et pourquoi pas toi ? Pourquoi suis-je ici et pourquoi pas là ? Quand commence le temps et où finit l'espace ? La vie sous le soleil n'est-elle pas un rêve ? Ce que je vois, entend, sens, n'est-ce pas simplement l'apparence d'un monde devant le monde ? Le mal existe-t-il vraiment et des gens qui sont vraiment les mauvais ? comment se fait-il que moi, qui suis moi, avant de devenir, je n'étais pas, et qu'un jour moi, qui suis moi, je ne serai plus ce moi que je suis ?" .
(paroles tirées du film - ouverture- )
- Compañero !









Derniers Commentaires